Comment penser l’évolution du christianisme dans une société québécoise profondément transformée par la sécularisation? Quelle est sa présence dans la société civile et les débats qui ont cours? Comment le christianisme est-il traversé par des dynamiques mondiales? Que deviennent les relations entre les Églises et les peuples autochtones? Que reste-t-il du patrimoine des générations précédentes et comment transmettre cette mémoire aux générations futures? 

Ce sont quelques-unes des grandes questions qui guideront les travaux de la Chaire Jacques Grand’Maison – Christianisme et société au Québec. La création de cette chaire, qui sera inaugurée cet automne, a bénéficié de plusieurs dons totalisant un peu plus d’un million de dollars. 

«Cette chaire est créée grâce à la confiance de nombreuses donatrices et de nombreux donateurs ayant à cœur sa mission, et nous leur en sommes très reconnaissants. La Faculté des arts et des sciences et sa dynamique pluridisciplinaire sont un terreau propice pour la riche programmation scientifique proposée par son premier titulaire, Jean-François Roussel, directeur de l’Institut d’études religieuses. Cette programmation permettra d’ouvrir nos horizons alors qu’elle fera la part belle à la théologie contextuelle, qui consiste à partir des réalités sociales et culturelles concrètes pour nourrir la réflexion théologique avec la contribution d’autres disciplines», dit le doyen de la faculté, Frédéric Bouchard. Une approche contextuelle qui fait écho à la démarche de Jacques Grand’Maison, théologien et sociologue dont les travaux ont mis en dialogue des questions spirituelles et les grandes transformations de la société québécoise.  

 

Quatre façons de regarder le christianisme québécois 

La programmation scientifique de la Chaire s’articulera autour de quatre axes de recherche. 

Le premier s’intéressera aux grandes questions qui traversent le Québec contemporain et à la manière dont elles sont abordées dans le christianisme québécois. Immigration, rapports entre les générations, écologie ou encore présence de la religion dans certains courants conservateurs pourront notamment faire l’objet de recherches. La Chaire entend se pencher aussi sur le «christianisme social» au Québec, soit les courants et les groupes chrétiens, souvent héritiers de la tradition de l’Action catholique, qui continuent d’analyser des enjeux de société dans une double perspective croyante et de justice sociale. 

Un deuxième axe portera sur les relations entre les Églises et les Premières Nations, les Inuits et les Métis. Alors que les dernières décennies ont amené une prise de conscience collective de plus en plus vive de l’histoire missionnaire et de son héritage contrasté, la Chaire souhaite poursuivre ce travail et étudier les questions qui demeurent, notamment la possibilité de décoloniser les relations actuelles entre l’Église et les peuples autochtones. Jean-François Roussel rappelle la réflexion que Jacques Grand’Maison avait élaborée sur les «tiers», c’est-à-dire les groupes que les débats de société, souvent très binaires, tendent à laisser dans l’ombre. «Si l’on s’intéresse aux groupes qui sont plus ignorés, et qui ont beaucoup plus d’importance qu’on pense pour le présent et l’avenir du christianisme au Québec, il y a les Autochtones», indique-t-il. 

Un troisième axe cherchera à replacer l’évolution du christianisme québécois dans un contexte mondial. La sécularisation, les mouvements migratoires et l’influence culturelle des États-Unis, de l’Europe ou d’autres régions du monde constituent autant de facteurs parmi d’autres qui influencent le christianisme québécois. La Chaire pourra notamment comparer les processus de sécularisation observés au Québec avec ceux qui s’opèrent ailleurs. «On ne peut pas comprendre le Québec si l’on ne tient pas compte du reste du monde», affirme le titulaire de la Chaire. 

Enfin, la Chaire examinera l’héritage culturel du christianisme au Québec et la manière d’en préserver la trace et de le transmettre. Jean-François Roussel cite en exemple le patrimoine des communautés religieuses, dont plusieurs sont aujourd’hui vieillissantes, les enjeux liés à la transmission de cette mémoire, voire la préservation de l’œuvre écrite de Jacques Grand’Maison. 

 

Une place pour la relève 

En plus de ses travaux, la Chaire entend contribuer à la formation de la relève en études religieuses. De nouvelles bourses viendront bonifier le programme de bourses Jacques Grand’Maison déjà offert aux étudiantes et étudiants qui travaillent sur les rapports entre christianisme et société au Québec.  

Son lancement cet automne prendra une dimension particulière, puisqu’il coïncidera avec le 10e anniversaire du décès de Jacques Grand’Maison, en novembre. Un évènement permettra de souligner cet anniversaire tout en présentant les orientations de la nouvelle chaire. 

Source: https://nouvelles.umontreal.ca/article/2026/08/25/une-nouvelle-chaire-pour-repenser-le-christianisme-et-la-societe-au-quebec